Afrique Innovante

Le blog des praticiens africains de l’intelligence économique

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Deuxième source de devises du pays après la pêche, le secteur touristique au Sénégal connaît de grandes difficultés. D’année en année, le nombre de touristes décroît régulièrement et la tendance n’est pas prête de s’inverser[1] car le pays de la « Teranga » doit faire face à la concurrence de nouvelles destinations telles que la Gambie ou les îles du Cap-Vert.
 
Déjà, lors des « Journées Nationales de Concertation sur le Tourisme » en 2002, de nombreuses contraintes avaient été identifiées :
 
La faible structuration de l’offre, un transport aérien inadapté, l’inadéquation du profil de l’investissement et des moyens de financement, la lourde fiscalité (TVA et taxes aéroportuaires élevées), les difficultés d’accès au foncier, la faible maîtrise des retombées du tourisme au niveau local, le déficit organisationnel de l’environnement commercial avec notamment le développement de l’informel, la saisonnalité de la demande, la faible diversification du produit, un taux de retour des vacanciers particulièrement faible sans oublier le faible niveau de qualité des prestations de service.
 
A ces nombreuses contraintes, nous pouvons ajouter :
 
La problématique de la Formation – Renforcement de Capacités quand on sait que des programmes français sont toujours en vigueur depuis les Indépendances.
 
Une législation et une réglementation du secteur permissives qui laissent proliférer des écoles et des centres de Formation établis sans un cahier de charges rigoureux tenant compte de curricula scientifique et qui commencent seulement à lutter contre les établissements clandestins et à codifier les métiers de « Guide touristique ».
 
L’insuffisance des moyens de promotion qui est confrontée à de nouveaux défis quand le « dynamic package » ou « paquet dynamique » permet au client de « court-circuiter » les intermédiaires voyagistes, agences de voyages et autres courtiers permettant aux centrales de réservation et Compagnies aériennes de renégocier les commissions.
 
Ainsi, à l’heure où il n’y a toujours pas de compagnie aérienne nationale pour combler le vide laissé par Air Sénégal International et Air Afrique[2], où aucune structure financière hôtelière et touristique n’a remplacé la SOFISEDIT (Société Financière pour le Développement de l’Industrie et du Tourisme), comment attirer davantage de touristes au pays de la Teranga ? Comment concurrencer le Maroc, la Tunisie, la Gambie ou le Cap-Vert qui ont connu, malgré la crise financière mondiale, une croissance continue de leur marché ?
 
Il existe en fait un bon nombre de solutions pour redynamiser ce secteur prioritaire pour l’économie sénégalaise.
 
Des outils de développement structurel sont en train d’être mis en place suivant la Vision du Chef de l’Etat qui prône « un Tourisme Haut de gamme respectable de nos mœurs profitable à l’économie (…)». Des efforts ont ainsi été réalisés pour attirer le tourisme d’affaire en dotant Dakar d’hôtels de luxe mais aussi pour améliorer le réseau routier et désengorger la capitale. De même, la Grappe Tourisme – Industries Culturelles et Artisanat d’Art (TICAA) de la Stratégie de Croissance Accélérée (SCA) avait pu retenir des mesures qui sont en train d’être mises en branle telles que le Salon International de Tourisme « TICAA » auquel le Groupe SENECARTOURS va activement prendre part les 28 – 30 Mai 2010 au CICES de Dakar.
 
Tout en poursuivant ces efforts dans cette voie, peut-être faudrait-il[3] également :
  • Proposer des capacités d’accueil supplémentaires en réduisant les prix de l’hébergement, des prestations touristiques et la TVA ;
  • Développer l’écotourisme et le tourisme rural à la condition de lutter efficacement contre la pollution visuelle (de nombreux déchets plastiques s’accumulent sur les plages et à l’entrée des villes et villages) ;
  • Sensibiliser et intégrer les populations dans la recherche de solutions pour la sauvegarde du patrimoine touristique (généraliser les journées de ramassage de déchets dans les villages et quartiers des villes) ;
  • Enfin, peut-être faudrait-il porter davantage effort sur l’innovation en créant une structure de veille et d’Intelligence Economique au sein de l’Agence nationale de promotion touristique (ANPT) ou du ministère du tourisme.

Cette structure de veille et d’IE dont la mission serait de renforcer la compétitivité du secteur et l’attractivité des territoires pourrait être chargée :

  • d’informer tous les acteurs du secteur en identifiant les forces et les faiblesses du marché, en axant sur le « business intelligence » et la « competitive intelligence », en trouvant et faisant circuler l’information utile à partir, notamment, des revues de presse, bulletins de veille, études de marché et de benchmarking, bases de données consultables en ligne ;
  • décider en formant les responsables au management de l’information et au management environnemental tout en définissant des axes prioritaires d’intervention ;
  • d’influencer en communiquant sur les actions menées et les résultats (à partir de sites web, lettres d’information, enquêtes, campagnes de publicité, conférences) afin d’élargir le champ des expériences.
Ainsi, en s’appuyant sur une gestion stratégique de l’information économique, en capitalisant sur ses atouts qui sont réels (pays parmi les plus stables d’Afrique de l’Ouest, climat propice aux vacances toute l’année, francophone à part entière, accueil chaleureux et douceur de vivre), et en s’inspirant des stratégies gagnantes tant locales que régionales, le Sénégal pourrait bien redevenir l’une des destinations les plus prisées par les touristes occidentaux et retrouver sa place qui était la sienne dans les années 80.
 
Romain BONNET,
Directeur des Etudes de l’Ecole Panafricaine d’Intelligence Economique et de Stratégie (EPIES)
et
Alioune B. SARR, Directeur Général de SENECARTOURS


[1] Entre 2008 et 2009, le nombre de touristes est passé de 491 552 à 366 244 (données aéroportuaires).

[2] Troisième destination du pays, la Casamance, pâtit de l’absence de vols directs réguliers ou de correspondances vers Cap Skirring et Ziguinchor mais également de la reprise du conflit casamançais.

[3] Bien évidemment, cette liste de propositions n’est pas exhaustive.

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  • Filed under: Tourisme
  • Le Sénégal peut-il s’inspirer de l’expérience réussie du Conservatoire botanique Corse pour la valorisation de ses parcs nationaux et aires protégées ? *

    Etat des lieux[1]

    Situé à l’extrémité ouest du continent africain, à la limite de la zone sahélienne au nord et de la zone soudanienne au sud, le Sénégal dispose d’un vaste réseau d’aires protégées [1.613.790 ha soit environ 8 % du territoire national], implantées dans les zones les plus riches en potentialités naturelles [plus de 3500 espèces de plantes et 4330 espèces animales] et aux populations établies depuis longtemps sur
    Les Parcs Nationaux sont des espaces naturels au sein desquels la chasse, la capture des animaux, l’exploitation des végétaux, des produits du sol ou du sous-sol sont interdites afin d’assurer une protection de la nature, l’éducation du public. Il s’agit de zones où la vie animale et végétale ainsi que leurs interrelations sont spectaculaires au point de justifier une exploitation touristique, éducative et récréative.
     
    Les parcs nationaux du Sénégal

    Des Enjeux dynamiques …

    Les espèces végétales et animales des parcs, constituent pour la savane d'Afrique de l'Ouest une biodiversité unique et requièrent une nouvelle politique de protection et de sauvegarde. La gestion des parcs nationaux - en particulier les espaces classés, soustraits à la plupart des activités anthropiques -, est un des défis majeurs que doit relever le Sénégal, notamment en ce qui concerne la gestion durable et inclusive des ressources existantes. 
     
    Les populations de proximité considèrent ces espaces comme leur propriété et à ce titre, réclament l’accès à ces ressources à des fins d’exploitation. L’enjeu est d’aboutir à une gestion intégrant la dimension humaine du développement des zones attenantes aux parcs et réserves tout en assurant la pérennité de ces ressources en voie de disparition ainsi que la valorisation de ce patrimoine dans un cadre touristique à développer.
     
    Contrairement à leur ambition affichée et aux textes, l’administration exerce une souveraineté souvent répressive sans tenir compte des besoins des populations locales exacerbant des conflits d’intérêt. Celles-ci se sentent privées et dépossédées de leur patrimoine naturel. La logique du droit coutumier, sur lequel se basent les villageois en matière de coupe et de feu, se superpose au droit moderne, défendu par les rouages de l’Etat et ses services déconcentrés, à travers la Direction des Eaux et Forêts et la Direction des Parcs Nationaux. Ces Directions essaient de faire valoir plutôt la conservation comme gage de durabilité des ressources naturelles.
     
    Une perspective de valorisation et de rénovation supposerait un regard critique sur les politiques de gestion et les stratégies palliatives initiées par les différentes parties afin de mieux comprendre leur dynamique.

    … Et des Atouts

    Aujourd’hui, la protection et la valorisation des Parcs nationaux sont adossées :
    • à la Convention Africaine sur la Conservation de la Nature et des Ressources Naturelles de 1968 [réserves naturelles intégrales : protection absolue ; les parcs nationaux : conservation de toute la faune et de la flore dans l’intérêt général ; 80 réserves spéciales : conservation d’une faune et d’une flore caractéristiques ; certaines activités humaines étant autorisées]
       
    • au Code de l’Environnement issu de la loi-cadre 2001 – 01 du 15.01.2001 qui expose les définitions, principes fondamentaux et instruments de protection de l’environnement ;
       
    • à la Convention Internationale de Diversité Biologique ;
       
    • au Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques ;
    Le Sénégal est créatif et participatif de la genèse du droit international de la valorisation des aires protégées. Pour autant, force est de constater que la gestion de ces aires n’a pas été efficiente. Sur la base de l’expérience réussie du Conservatoire Botanique National Corse, une méthodologie se dégage pour conserver une espèce [http://cbnc.oec.fr/Diffusion_des_connaissances_page_80_1,192.htm] [http://www.oec.fr/modules.php?name=News&file=article&sid=128 en respectant un certain nombre d’étapes:
    1. Connaître la faune, la flore et leurs habitats et procéder à leurs inventaires
      La constitution d’un fonds documentaire étoffé de qualité est une préoccupation primordiale avec intégration de données issues de la littérature : acquérir des connaissances de l’espèce la plus commune à la plus rare, de l’espèce endémique à celles présentes sur le territoire d’agrément.
       
    2. Hiérarchiser les enjeux grâce à l’élaboration d’une liste rouge régionale
       
    3. Élaborer des plans de conservation
      Un Conservatoire National est le principal acteur qui relie les acteurs de terrains de plusieurs plans de conservation.

      • Dans le cadre d’une Stratégie pour la biodiversité, une Direction de la Nature et des Paysages, relevant d’un ministère de la protection de la nature met en place des Plans de Restauration Nationaux pour un certain nombre d'espèces ; lesquels plans s'appuient sur les structures scientifiques nationales et locales, sous l'égide d'un Comité de Pilotage, et sont validés à plusieurs échelles, par un Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel puis par un Conseil National de la Protection de la Nature. Le conservatoire est acteur ou relais de terrain de plusieurs de ces plans.
      • Au niveau international, le Conservatoire National participe en outre au travail d’évaluation des populations des espèces végétales.
         
    4. Mettre en œuvre ces plans de conservation en privilégiant la concertation
      A partir d’un certain nombre d’Expertises, y compris celles relatives à la restauration d’habitats, - menées notamment avec des professionnels, le Conservatoire National prend des mesures de conservation dans le domaine de la Prévention Incendie et dans le cadre d‘aménagements routiers ou de travaux entrepris par les gestionnaires d'espaces naturels.
       
    5. Informer et sensibiliser le Public
      A partir d’une demande du syndicat des producteurs de Plantes à Parfums, Aromatiques et Médicinales de Corse, a été éditée une Charte de Cueillette Régionale des Plantes à Parfums, Aromatiques et Médicinales, laquelle charte allie le respect de l’activité de cueillette avec le respect du patrimoine floristique et constitue un document qui sert de base méthodologique aux propriétaires de terrain, tels que les communes et le Conservatoire .

    POUR UNE AUTHENTIQUE VALORISATION DES AIRES PROTEGEES

    Au Sénégal, une dynamique de concertation entre populations et autorités chargées de la gestion des parcs nationaux semble être amorcée depuis une dizaine d’années. Cette dynamique est à ses débuts et la réflexion menée s’oriente davantage vers la prise en compte des idées et aspirations des populations vivant à la périphérie des parcs. C’est ainsi que les parcs du Niokolo Koba (région de Tambacounda) et du Djoudj (région de Saint-Louis) ont initié beaucoup d’actions utiles de valorisation de certains produits en collaboration avec les populations locales qui perçoivent pas à pas l’importance de la plupart de ces sites classés patrimoine mondial de l’humanité. 
     
    Il s’agit bien ici de la sauvegarde du patrimoine mondial, dont le patrimoine Sénégalais est partie intégrante, d’autant que les populations sénégalaises ont une propension à manifester spontanément un élan quand il s’agit de la préservation de ce qui a trait à la dignité de l’être, à ce qui relève du patrimoine commun à l’humanité.
     
    C’est pourquoi, pour répondre aux diverses problématiques exposées, il est urgent d’élaborer un manifeste qui, d’une part, proclamerait la réaffirmation des principes de droit, et d’autre part, stimulerait la promotion de chartes sectorielles, émergeant de la concertation avec les populations concernées. Cela implique bien évidemment la mise en œuvre de nouveaux textes réglementaires.
     
    Outre la protection de la qualité et de la diversité des paysages ainsi que celle des habitats, c’est aussi une formidable opportunité d’innovation que de :
    • Préserver l’harmonie de l’interaction entre les activités humaines et les milieux naturels,
    • Soutenir les modes de vie
    • Promouvoir les activités économiques en harmonie avec la qualité du patrimoine naturel et culturel, les manifestations sociales et culturelles traditionnelles.
    C’est aussi promouvoir un tourisme favorisant la découverte des richesses aussi bien traditionnelles qu’innovantes dans le cadre d’un comportement de créativités responsables dont peuvent faire aisément preuve les populations villageoises. C’est du même coup encourager les activités scientifiques et éducatives des populations résidentes en leur apportant formation et accès à de nouveaux métiers, développement de l’économie locale et régionale et amélioration de l’environnement et de l’espace rural….
     
    * Auteur: Daniel G.Goumalo Seck

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