La contamination des fleuves et des rivières par le mercure constitue un sérieux problème de santé publique de plus en plus préoccupant dans le bassin amazonien.

Ce mercure provient essentiellement des exploitations aurifères de plus en plus nombreuses dans cette partie du monde. Si cette contamination a fait l’objet de nombreuses études au Brésil et en Guyane française, ce n’est pas le cas de la Bolivie où pourtant l’orpaillage est très actif avec plus de 60 000 chercheurs d’or, 1 200 compagnies minières et 300 coopératives aurifères. Une équipe de chercheurs de l’IRD a, en collaboration avec des instituts de recherche boliviens et brésiliens, conduit pendant trois ans une enquête sur le bassin du rio Béni, l’un des principaux sites d’exploitation aurifère en Bolivie. Les résultats qui viennent d’être publiés révèlent des concentrations élevées de mercure, en particulier chez les poissons piscivores et les populations qui les consomment.
Depuis 1995, des chercheurs l’IRD (Institut de recherche pour le développement, ex-Orstom) conduisent, en collaboration avec des universités et instituts de recherches boliviens et brésiliens, un programme de recherche sur l’hydrologie et la géochimie des cours d’eau boliviens du bassin amazonien. Dans ce cadre, ils ont réalisé un diagnostic de la contamination par le mercure dans le bassin du rio Béni. Les résultats sont tout simplement alarmants :
En effet, 70% des poissons piscivores collectés par les chercheurs le long du rio Béni présentent des taux de mercure quatre fois supérieurs au seuil au-delà duquel ce métal est considéré par l’OMS (Organisation mondiale pour la santé) comme dangereux pour la santé humaine. Or, ces poissons constituent l’un des aliments de base des populations indigènes vivant sur les rives du Béni, qui sont alors contaminées.
Chez ces populations, des altérations du système nerveux, des troubles moteurs et oculaires ont pu être observés.
Le Sénégal échappe t-il à ce phénomène ?

Les résultats de cette étude nous ont interpellés par rapport à une situation similaire au Sénégal ou la fièvre de l’Or existe dans la région du Sénégal oriental plus précisément dans les confins de la Falémé un des principaux affluents du fleuve Sénégal.
Dès nos premières investigations, il est apparu que la contamination du bassin du fleuve Sénégal dépasse le cadre du mercure et concerne plus largement les polluants chimiques provenant de l’agro-industrie.
En effet, l’utilisation des pesticides dans l’agriculture irriguée, le rejet des eaux de drainage, et les résidus des produits industriels (sucre, tomate, riz) combinés aux aménagements hydro-agricoles ont été à l’origine de plusieurs problèmes de santé publique et d’environnement :
  • prolifération de maladies hydriques (bilharziose, paludisme, dysenterie, …)
  • pollution des eaux liées au développement de la culture irriguée et à l’agro-industrie (CSS, SAED au Sénégal – SONADER en Mauritanie);
  • prolifération des végétaux aquatiques envahissantes dans la vallée et le delta ;
Les pouvoirs publics sont conscients de la gravité de la situation et des mesures sont préconisées dans plusieurs directions :
Premiers enseignements tirés :
On constate une faiblesse des études et travaux scientifiques par rapport à l’ampleur du fléau et la non disponibilité d’informations chiffrées  et d’analyses pertinentes de la part des organismes publics encore moins des acteurs de l’agro-industrie.
Il est donc urgent de sensibiliser tous les acteurs étatiques, et non étatiques ainsi que les populations pour une prise en charge sérieuse de ce fléau qui guette les autres parties du pays avec en particulier la pollution du lac de Guiers qui est la principale source d’alimentation en eau de Dakar et ses environs.