Afrique Innovante

Le blog des praticiens africains de l’intelligence économique

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L'Afrique est entrée de plein pied dan la globalisation. Elle a enregistré de 2004 à 2007 une croissance économique réelle de plus de 5 % par an. De 2007 à nos jours, elle a su résister à la crise économique et financière mondiale. L'Afrique, et son sous-sol riche en matières premières et en pétrole, est aujourd'hui courtisée par toutes les puissances de la planète. En témoigne les sommets rapprochés et successifs Chine-Afrique, Europe-Afrique, Inde-Afrique et Amérique latine-Afrique qui se sont tenus entre 2006 et 2009.
 
L’Afrique n'est plus considérée comme un "boulet" mais comme une opportunité. De ce fait, elle est devenue pour ces différents pays un enjeu et un partenaire majeur tant sur le plan économique que politique.
 
En conséquence à ces opérations de charme, l'accaparement des terres arables et/ou minières Africaines s'est accéléré ces dernières années, aux dépends parfois des populations locales. Depuis 2004, l'Afrique aurait cédé au moins 30 millions d'hectares à des capitaux étrangers. Cette ruée se transforme souvent en compétition mortelle entre investisseurs pour l'acquisition des meilleures terres agricoles, et l’appropriation des zones minières et pétrolières les plus productives.
 
Cet intérêt grandissant pour les ressources Africaines doit cependant être analysé en se référant non plus aux rapports des experts des multinationales cotées en bourse à New York, Londres ou Tokyo, mais plutôt en tenant compte des réalités de terrain qui reflètent le vécu quotidien des populations soumises à cette nouvelle donne mondiale.
 
Le monde industrialisé entre globalisation et récession
Si l’on se réfère au développement du commerce et des mouvements de capitaux d’avant la crise financière, il s’agissait avant tout pour les pays industrialisés de faire valoir l’idée selon laquelle l’économie internationale, bien qu’étant au croisement des circuits nationaux, était dotée d’une existence propre, possédait ses propres règles, et qu’en conséquence, il ne revenait pas aux États d’influer sur les flux du commerce mais de se laisser porter par ceux-ci et ainsi, de trouver leur place à l’intérieur de ce réseau de réseaux, pour prendre une image contemporaine, qu’est l’économie internationale.
 
C’est ce modèle de globalisation qui va inéluctablement conduire à la crise économique et financière et à la récession des années 2007-2010. La crise conduisit les spéculateurs – prédateurs à l’assaut des rivages et des terres Africaines. En effet, le marché financier étant orienté à la baisse durant cette période, des spéculateurs se sont réfugiés dans le commerce des matières premières, notamment le pétrole et les produits agricoles, amplifiant artificiellement la hausse des cours. La terre agricole est devenue une valeur refuge des marchés, un investissement à faible risque.
 
Situation en Afrique en général, et au Sénégal en particulier
Les grandes étendues fertiles Africaines sont ainsi devenues l’objet de toutes les convoitises et sont entrées dans le collimateur des fonds d’investissements et autres multinationales.
 
La Chine et l’Inde font figure de leaders dans l’accaparement des terres arables. Parmi les pays qui investissent le plus, on compte également l’Arabie Saoudite, l’Afrique du Sud ou encore les Emirats Arabes Unis, tous en manque de terres agricoles pour nourrir leurs propres populations. Très dépendants de l’importation alimentaire, ces Etats sous le couvert des multinationales ont décidé d’investir directement dans l’achat de terres pour se prémunir contre la hausse du prix des denrées alimentaires et garantir leur sécurité alimentaire.
 
Le manque d’infrastructures agricoles modernes et de devises entraîne les autorités politiques africaines à faciliter l’installation des multinationales étrangères. Cette situation est gravissime et préoccupe les associations locales et des Organisation Non Gouvernementales internationales. Ces organismes militent pour la préservation des systèmes fonciers traditionnels africains et ne cessent de sonner l’alerte.
 
C’est le Soudan qui a été la zone la plus convoitée par les pays du Golf et d’Asie du fait d’une part de sa situation géographique vis-à-vis de ces pays, et d’autre part de la fertilité et de l’étendue des terres pouvant être annexées.
 
Cependant, le scandale le plus retentissant à ce jour est l’implication de Daewoo Logistics dans une opération de ce type à Madagascar. La multinationale Sud-Coréenne devait s’accaparer un peu plus d’un million d’hectares (soit un peu plus de la moitié des terres agricoles de la grande île…), pour la culture du maïs et la production d’huile de palme pendant 99 ans. En échange de cette opération, Daewoo avait mis sur la balance la construction d’infrastructures et la création d’emplois.
 
Au Sénégal, différentes sources indiquent que des investisseurs privés saoudiens et qataris, de même que le Fonds d’Abu Dhabi pour le développement, ont exploré les possibilités d'acquérir des terres pour produire des denrées alimentaires, telles que le blé, l’orge, le riz, le soja, pour l'Arabie saoudite.
 
Avec le lancement de différents programmes de redynamisation de l’agriculture au Sénégal autour du plan REVA (retour vers l’Agriculture) et de la GOANA (Grande Offensive pour l’Agriculture, la Nourriture et l’Abondance) de nombreux privés et responsables politiques sénégalais ont profité du système pour s’approprier des terres dans des perspectives purement spéculatives. Une bonne partie de ces terres a été par la suite mise à la disposition de privés étrangers pour y cultiver des produits essentiellement destinés à l’exportation.
 
Cette situation conduit malheureusement à un résultat totalement opposé à celui escompté lors du lancement de ces deux opérations de grande envergure. Car le REVA devait permettre de résoudre le problème du chômage, de l’exode rural et de l’émigration clandestine des jeunes sénégalais, tandis la GOANA avait pour objectif de poser les premiers jalons d’une large politique d’autosuffisance alimentaire.
 
Et les populations locales et leurs droits dans tout cela ?
Si l’on se restreint à l’Afrique de l’Ouest, le secteur agricole et l’ensemble des activités rurales emploient la majorité des personnes actives (60 à 65%). La proportion de la population ouest africaine vivant en milieu rural, varie d'environ 41,7% au Cap-Vert (pays le plus urbanisé) à 82,6% au Burkina Faso. Le secteur agricole reste une composante essentielle des économies et il contribue globalement pour environ 30% à la formation du PIB, contre 28% et 42% respectivement pour l’industrie et les services. Cette contribution à la formation du PIB varie selon le PNUD de 17,4% au Sénégal à 62,4% en Guinée-Bissau.
 
Le phénomène d’achat et de location des terres africaines se développe donc à un moment où la question des investissements pour relancer l’agriculture se pose avec insistance. Il est donc nécessaire de mettre en garde contre ces investissements provenant de spéculateurs qui seraient très peu soucieux de la protection des populations locales contre d’éventuelles crises alimentaires.
 
Le second problème posé par l’exploitation des terres agricoles en Afrique par d’autres pays et par les multinationales étrangères c’est le droit à la propriété foncière. Dans plusieurs pays du continent, les législations autour de ce droit sont floues. Cela nécessite la définition d’une politique foncière harmonisée pour le continent, centrée sur la sécurisation foncière pour les populations, tel que préconisé par Monsieur Tidiane Ngaido, chercheur à l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires – IFPRI.
 
Le dernier problème se situe au niveau des efforts qui ont été déployés ces dernières années pour produire des denrées alimentaires destinées aux marchés extérieurs plutôt qu’aux marchés intérieurs. De ce fait, les acquisitions de terres pour produire des denrées alimentaires destinées à l’exportation ne font qu’aggraver la situation de sécurité alimentaire des populations locales.
 
Le régime sénégalais actuel se réjouit d’avoir rendu des sénégalais milliardaires grâce au libéralisme social dont il se réclame. Cependant, il faut se rendre à l’évidence que les heureux élus, peu nombreux, ne pourront compenser les innombrables paysans chassés de leurs terres et qui viennent grossir les rangs des sinistrés des quartiers spontanés de la banlieue dakaroise, lesquels quartiers se retrouvent sous les eaux durant chaque saison des pluies.
 
Conclusions et orientations
La maîtrise de la crise économique ainsi que la baisse des prix des matières premières et des prix des produits agricoles ont ralenti le processus d’accaparement des terres africaines, ce qui devrait permettre aux responsables africains de se rendre compte de la situation et de la reprendre en main pour rectifier le tir.
 
En réalité, si aucune décision n’est prise afin de réguler la situation, cette course effrénée vers les terres arables risque de se transformer en catastrophe humaine.
 
En effet, comme l’explique Jeanne Zoundjihékpon, professeur à la Faculté des sciences agronomiques de l'Université d'Abomey-Calavi au Bénin, l’accaparement des terres arables a de nombreuses conséquences néfastes sur les populations. «La terre est à la base de la vie sociale en Afrique. Si les paysans vendent leur terre, ce sont toutes les valeurs traditionnelles qui se perdent, tout le tissu social qui se déchire. Mais pas seulement, la sécurité alimentaire est aussi menacée. Les petits paysans dépendront de ce que les nouveaux exploitants produiront et des prix qui leur seront imposés. Les denrées alimentaires seront d’autant plus chères si la production agricole est destinée à la fabrication de biocarburants. Enfin, les monocultures pratiquées sur des surfaces importantes mettent directement en danger la biodiversité locale».
 
En définitive la relation entre l'Afrique et tous les autres pays qui la courtisent doit se structurer autour d'un agenda global, au-delà de l'aide au développement classique ou de la spéculation foncière agricole ou minière, liée aux conjonctures.
 
Il convient de moderniser les politiques de développement en Afrique. Les aides et les investissements doivent avant tout servir à stimuler la croissance économique nécessaire à la lutte contre la pauvreté.
 
En réalité, c'est souvent le manque de transparence des contrats négociés directement entre les Etats africains et les investisseurs étrangers qui est problématique. Ces contrats ne constituent pas des opportunités pour les populations car ils ne permettent ni un réel développement rural ni une diversification des sources de revenus pour les paysans dépossédés de leur terre. C’est pourquoi faudrait il chercher à faire adopter un code de conduite international qui permettrait de mieux réguler les accords et protégerait les populations locales et les agriculteurs.
 
Les pays Africains ont tout intérêt à innover et à s’inspirer des modèles qui combinent une vision nationale du développement économique équitable, claire et à long terme, combinée à une bonne gouvernance et à des financements au développement importants, bien ciblés et organisés.
 
Auteur : Prof. Fadel NIANG
 
 
Bibliographie
La globalisation et l’économie politique internationale ; Christian Deblock
Université du Québec à Montréal, Notes et Études en EPI – 10 pages, Mai 2000
 
L’Afrique dans la Globalisation économique; Bio Goura Soule, Ahmadou Aly Mbaye ; Editeurs : Frank Wittmann & Patrick Mbonyinshuti ; 210 pages, 2006
 
Compétition économique : vers les agro-guerres de demain ?
Une enquête France 24 menée par Alexandra Renard, Melissa Bell et Mounia Ben Aïssa.
Invité : Jean Luc François ; Directeur à l’AFD ; Première édition : 24 décembre 2009
 
Ces Etats qui accaparent les terres agricoles en Afrique, Stéphane Ballong
http://www.afrik.com/article15905.html;
 
Main basse sur les terres agricoles en pleine crise financière et alimentaire ; Jeanne Zoundjihékpon ; http://www.grain.org
 
PNUD : Rapport 2000 sur le développement humain, New York
 
Radio France International – RFI, Décembre 2008 ; Tidiane Ngaido
Le tricycle est un mode de locomotion devenu emblématique en Asie, notamment en Inde en Chine.
Il connaît une évolution dans son mode de traction, sa commodité et notamment une innovation écologique qui réduit la pollution.
 
Au même moment, les Pays Africains pour lesquels certaines villes sont encore à l’ère de « l’homme-cheval », s’investissent vigoureusement dans l’introduction de tricycles motorisés dans leur système de mobilité urbaine.
 
Evolution des tricycles dans le monde émergent
C’est en 1868 que les tricycles ont commencé à circuler en Inde. De la traction humaine, le système a évolué vers la bicyclette puis vers la mobylette avant de devenir les cabines motorisées à 3 roues que nous connaissons aujourd’hui.
 
Sa vitesse qui ne dépasse pas les 10 km/h ainsi que la modicité de ses tarifs en font un moyen de transport très prisé par les couches les plus démunies de la population, habitant les coins les moins accessibles de New Delhi et de ses banlieues. Mode de transport usité par les populations mais aussi par les touristes, les tricycles ont beaucoup contribué à la pollution par le CO2 dans les grandes villes Indiennes, New Delhi et Calcutta notamment.
 
C’est en 1998 que le gouvernement Indien a commencé à se rendre compte du danger de la pollution induite par les tricycles à moteurs en gelant l’octroi de nouveaux permis. De nouveaux tricycles, fonctionnant au gaz naturel furent mis sur le marché.
 
En perspective de faire de New Delhi une « world class city » avant les jeux du Commonwealth de 2010, l’Inde a entrepris de grands travaux et a affiché sa volonté de lutter contre les gaz à effet de serre en annonçant la réduction d’au moins 20% de son intensité carbonique d’ici 2020.
 

 
     
Innovations dans ce mode de transport
Dans cette lancée, la recherche d’un système de transport peu polluant à amené New Delhi à interdire les tricycle-moteurs et a commencé à mettre sur le marché de nouveaux produits. Les rickshaws-vélos et moteurs, ces bicyclettes à trois roues qui servent de petits taxis avec trois passagers à l'arrière, sont progressivement en train de céder la place aux tricycles-vélomoteurs écologiques.
 
Ces tous premiers tricycles écolo ont débuté leur circulation dans la capitale indienne – New Delhi, le 02 octobre 2008 en présence du ministre des Sciences et des Technologies, Kapil Sibal, accompagné du Premier ministre du territoire, Sheila Dikshit.
 
Le véhicule fonctionne grâce à une batterie solaire d'une indépendance de 70 km. Plusieurs sites de recharge avec de larges panneaux solaires seront installés autour des stations de métro de New Delhi.
 
Le principal objectif de ce projet est de créer des emplois, d'offrir des conditions de travail décentes aux chauffeurs de rickshaws-vélos de la ville, tout en luttant contre le réchauffement climatique.
Malgré un prix de production relativement faible, autour de 250 euros, le Conseil de la recherche scientifique et industrielle qui a conçu ce prototype cherche toujours des partenaires industriels pour le développer à grande échelle. Le gouvernement espère pouvoir généraliser l'usage du véhicule avant le début des Jeux du Commonwealth qui se dérouleront en Inde en 2010.
 
Introduction au Sénégal
Au Sénégal, le système de transport régulier est en deçà des attentes des populations, ce qui amène l’Etat a fermer les yeux sur les transports irréguliers constitués par les taxis clandestins, les taxis pouss-pous, les charrettes pour le transport en commun, surtout dans les villes de l’intérieur du pays.
 
En effet depuis 2004, après le voyage effectué par le Président de la République Abdoulaye Wade en Inde, les tricycles à moteurs ont fait leur apparition au Sénégal avec des échantillons ramenés par le chef de l’Etat et qui seront par la suite gracieusement offerts à la police.
 
Les hommes d’affaires qui importent dorénavant ces tricycles les présentent comme une innovation capable de soulager le transport urbain du poids de la traction animale.
 
Ainsi la compagnie CCBM, depuis janvier 2009, en importe en partenariat avec les Chinois dont la perspicacité dans ce domaine nous met devant le risque d’être inondé par ces machines d’un autre âge.
 
SenIran auto envisage la production locale de tricycles à moteur bon marché pour le transport en commun, le transport de marchandises, le ramassage des ordures et même le transport des malades dans les villages reculés (ambulance).
 
Orientations
Aujourd’hui ces tricycles à moteurs sont visibles aussi bien dans les marché que dans la ville. La production envisagée par SenIran autos risque d’inonder le Sénégal d’un moyen de transport non seulement polluant mais contribuant fortement à augmenter la facture énergique du pays.
 
En réalité c’est une fausse innovation.
 
L’innovation modèle dans ce domaine est le tricycle fonctionnant à l’énergie électrique ou solaire. Il est impératif pour l’Etat du Sénégal de comprendre ce phénomène.
 
Des villes comme Kaolack ou Fatick, où le système de transport en commun est défaillant et qui ont connu des évolutions des mobylettes BB, P50, L2, CIAO SI et aujourd’hui Jakarta sont des marchés ouverts à cette « innovation » ; Dakar, avec ses grands marchés, ses marchands ambulants, ses pouss-pouss, encore plus.
 
Le risque est que le Sénégal risque d’être le nouveau dépotoir de toutes ces machines à moteur qui ne sont plus de mise dans les pays émergents.
 
En fait, le tricycle électrique est la réelle innovation qui mérite d’être encouragée.
 
En effet, en dehors de la propreté de cette énergie et des économies qu’elle engendre, elle ouvre la voie à l’implantation de bornes électriques fonctionnant à l’énergie solaire dans les villages les plus reculés du Sénégal, car le soleil est partout et en tout temps.
 
Elle permettra :
 
-          le transport des personnes avec des tricycles à cabine
-          le transport des marchandises avec des tricycles à benne
-          le ramassage des ordures ménagères
-          le transport des malades, car la plupart des ambulances dans les villages et les hôpitaux sont bloqués en raison du manque de carburant
 
Ainsi, on voit que tous les services peuvent être efficacement rendus si l’Etat opte pour la réelle innovation, car celle-ci peut être sujette à controverse en fonction de la vision politique de nos dirigeants à court, moyen ou long terme.

Auteurs: Abdoul Latif Aidara, Fadel Niang, Papa Ndiaye, Soudou Diagne

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