L'article ci-dessous présente la situation politique du Sénégal dans le contexte géopolitique des élections en Afrique. Après avoir fait une approche synthétique et panoramique de la "question électorale" sur le Continent, il analyse tout particulièrement la campagne pré-électorale en direction des élections présidentielles de Février 2012. L'auteur s'y intéresse parce qu'il la considère comme un véritable cas d'école en matière d'attaques informationnelles et de communication d'influence et de contre-influence digne d'être étudié dans toutes les Grandes Ecoles d'Intelligence Economique et de Stratégie. Il est tiré de la controverse autour de la candidature de Maître WADE que ses adversaires cherchent à exclure de la compétition électorale avant même qu'elle ne commence après avoir vainement tenté de l'éliminer en attaquant sa santé et son âge.
En dehors de tout parti pris, il démontre comment l'opposition sénégalaise, à travers une communication d'influence quasi parfaitement conduite selon sa propre interprétation de la Constitution et soutenue par certains Professeurs d'Université partisans, avait presque réussi à incruster dans la conscience de l'opinion publique l'idée que la candidature du Président WADE aux élections de 2012 serait anticonstitutionnelle. Des maladresses l'ont conduite vers des dérives mises à profit par le Président WADE pour contre-attaquer. Ce dernier, dans sa stratégie de communication de contre-influence, réunit à Dakar un aréopage d'experts constitutionnalistes de très haut niveau mondialement connus et reconnus dont les travaux, non seulement réfutent juridiquement les thèses des juristes de l'opposition, mais encore et surtout conclut à la recevabilité de sa candidature qui dans la Constitution de 2000 n'a encore fait qu'un seul mandat.
En publiant cet article sur le blog, l'auteur invite par ailleurs tous les protagonistes de la vie politique africaine, sénégalaise en particulier, qui ont besoin de formation en Intelligence Economique(I.E) , à savoir raison garder, à comprendre que, la mise en oeuvre d'une stratégie de communication d'influence et de contre-influence, du point de vue de l'I.E. dont elle relève, qu'elle atteigne ses objectifs ou pas, n'autorise pas des dérives qui vont jusqu'à la remise en cause de la légalité des Institutions républicaines et des procédures constitutionnelles dans un Etat de droit. Il exhorte les acteurs politiques sénégalais, en l'absence d'accord sur la plan juridique, à trouver un consensus sur le plan politique pour que tous ceux qui le souhaitent présentent leur candidature aux présidentielles en s'en tenant strictement aux dispositions du code électoral et en laissant le peuple sénégalais se prononcer par la voie des urnes.
Le début des années 90 du 20ème Siècle avait nourri de grands espoirs quant au réveil démocratique de l’Afrique qui, longtemps durant, avait vécu les affres du Parti Unique, du Parti/Etat.
Durant le quart de Siècle qui suivit les « Indépendances », l’invalidation de l’Etat de Droit, le déni de Démocratie et le piétinement permanent des Valeurs et Principes de la République, avaient fini de projeter l’Afrique comme le « dernier de la classe » en matière de Démocratie, de Justice, de Liberté, de Bonne Gouvernance et de Respect des Droits Humains.
Le vent de démocratisation qui a soufflé sur le continent, dans le sillage de l’implosion du « Bloc Socialiste » et de la fin de la Guerre Froide, avait profondément modifié cette perception négative.
Hélas, les vieux démons de l’autoritarisme, par le biais de la résurgence de formes, tout à la fois, insidieuses et brutales, ne tarderont pas à réapparaître, plongeant le continent dans des dérives antidémocratiques qui freinent la Citoyenneté émergente et disqualifient l’Etat de Droit.
Dans ce renversement de perspectives démocratiques, une place centrale revient aux questions électorales. Il est, en effet, affligeant de constater que c’est bien durant les périodes électorales, que les luttes de pouvoir atteignent leur niveau d’exacerbation maximale, en Afrique.
Aujourd’hui, une élection en Afrique constitue un véritable danger pour la cohésion des nations, un moment de remontée en surface de toutes les formes de repliements et d’irrédentismes identitaires. Les manipulations ostensibles, voire extrémistes, de l’Ethnie, de la Religion et du Particularisme local, deviennent alors les leviers actionnés par des Acteurs politiques en quête de pouvoir et de légitimité. Dans ces conditions, une Election africaine sans violences, sans morts d’hommes, relève de l’exception !
Ces douloureux constats acquièrent plus de reliefs encore, en Afrique de l’Ouest où, les avancées démocratiques notées durant les décennies antérieures, ont cédé et la font basculer dans un cycle de violences dont le dénominateur commun, de manière générale, est une Election mal gérée.
Le plus souvent, la modification des Règles du jeu, le « pouvoirisme» démesuré de certains Acteurs politiques, les tentations politiciennes de la "Société civile " à se substituer aux partis politiques pour conquête du pouvoir politique, l'instrumentalisation des droits de l'homme, les ingérences insidieuses et partisanes de certains pays étrangers à travers leurs missions diplomatiques, la difficulté pour les Organisations internationales de comprendre la sociologie politique africaine, la corruption et le faible niveau de la Citoyenneté, voire de patriotisme, la négation systématique par certains protagonistes, de l'Etat de droit, des Institutions de la République et du Pouvoir des juges constitutionnels, se liguent pour transformer les pays engagés dans un processus électoral, en de véritables poudrières.
Les cas de la Côte d’Ivoire, du Niger, de la Mauritanie, de la Guinée Bissau, de la République de Guinée Conakry, du Gabon, de la République Démocratique du Congo voire du Burkina Faso, pour n’en citer que les plus récents, incitent à davantage de préoccupations quant au sort des autres pays en passe d’organiser, prochainement, des Elections dans cette partie ouest-africaine.
C’est précisément le du Sénégal qui, le 26 février 2012 sera soumis à une Election Présidentielle que d’aucuns considèrent comme l’une des plus cruciales dans la longue et très ancienne tradition électorale de ce pays.
En s’appuyant sur les leçons tirées d’une approche panoramique et synthétique de la « Question Electorale » en Afrique, quelles conclusions en tirer ? Que faire pour éviter que les nations africaines ne se consument ou ne soient ensanglantées au lendemain d’Elections âprement disputées ? Que faire pour que les Sénégalais qui ont commencé à voté depuis le 17ème siècle, qui n'ont ni leçons électorales, ni leçons de démocratie à recevoir de quelque pays que ce soit, ou de personnalité internationale emblématique, fût elle "Prix Nobel ", ne soient tentés par le diable vers des dérives attentatoires à la paix et à la stabilité ?
C'est pour répondre à cette cruciale question, mais aussi pour mettre en évidence les limites des stratégies d'influence et de contre-influence dans un Etat de Droit, que nous proposons les pages qui suivent, qui en dernière analyse invitent tous les protagonistes africains du jeu politique en particulier les Sénégalais de toujours s’en tenir strictement aux dispositions du code électoral et laisser le peuple électeur trancher le débat en toute conscience par la voie des urnes, dans le strict respect des institutions.
Il est en effet notable que depuis quelque temps, le Sénégal, naguère pays phare de la modernité démocratique en Afrique, est saisi par un tourbillon de dérives multiples articulées autour du projet d’une frange minoritaire d’acteurs se réclamant de la Société civile, de s’opposer à la candidature de Maître Abdoulaye WADE aux élections de 2012, après avoir décrété unilatéralement, que la Constitution lui interdirait de postuler un nouveau mandat.
Il est à cet égard regrettable de constater que des Professeurs d’Université, connaissant la sensibilité des questions électorales au regard de nombreuses expériences dramatiques en Afrique, se soient fait instrumentaliser consciemment ou non, pour alimenter et entretenir cette controverse que rien ne justifie mais qui est bien inscrite dans une stratégie de communication d’influence dont ses auteurs, pour n’avoir pas été capables de la maîtriser, sont tombés dans un dérapage incontrôlé.
Pourtant, ces Professeurs d’Université, devenus « experts constitutionnalistes » de circonstances, ne pouvaient pas ignorer que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » et qu’en tout état de cause, ils ne devaient jamais perdre de vue les aspects éthiques et déontologiques de leur métier d’enseignant / formateur.
Au contraire, faisant fi de la maturité, de la sagesse et de l’humilité qui caractérisent l’expert, ils se sont engagés dans une large campagne, exposant « Urbi et orbi » leur avis interprétatif et biaisé de la loi constitutionnelle.
Ils ont donc consciemment contribué à installer la confusion et posé les jalons potentiels d’une crise politique majeure !
Leur attitude est d’autant plus déplorable qu’en dehors de toute déontologie et de toute éthique, ils se sont adressés à des publics fondamentalement partisans qui ne maîtrisent pas les enjeux juridiques et constitutionnels des informations, à eux livrées.
Du point de vue de l’éthique et de la déontologie, « ces experts constitutionnalistes » ne mesurent même pas les effets dévastateurs de l’interprétation partisane de la Constitution, dont l’appropriation par une population peu avisée notamment de jeunes, peut avoir des conséquences politiques et sociales considérables, attentatoires à la paix, à la sécurité et à la stabilité du pays, par la fragilisation de ses fondements institutionnels.
C’est d’ailleurs ainsi que, s’affranchissant de toute raison, de tout esprit de discernement, prenant pour vérité absolue l’interprétation partielle et partiale de la loi constitutionnelle par ces Professeurs d’Université, tous les partis politiques de l’opposition et la plupart des organisations de la société civile devenues « une société politique partisane » et une partie de la jeunesse désœuvrée, se sont engouffrés dans la voie de la contestation ouverte des Institutions de la République.
Plus cocasse encore, bien qu’il faille davantage s’en inquiéter qu’en rire, cette frange de la « Société Civile » avait osé pousser son audace jusqu’à formuler à l’endroit du Chef de l’Etat l’ultimatum de faire une déclaration de retrait de sa candidature après la fête de Tabaski.
Cette attitude très peu chevaleresque, sans précédant en Afrique et au Sénégal, que les Partis politiques républicains et représentatifs des combats politiques menés par le peuple Sénégalais ont eu l’intelligence et la sagesse de ne pas avoir initié, constitue une dérive objectivement antidémocratique et anticonstitutionnelle.
En effet, il est notoire de constater que le Sénégal est le seul pays au monde où, les acteurs de la « Société Civile », enivrés par le mirage de l’exercice du pouvoir, en arrivent à la négation des fondements éthiques et déontologiques de leur essence, de leur raison d’être ruinant d’un coup tous les espoirs que les populations avaient placés en eux en tant que garants de la paix et de la stabilité de ce pays.
Ils entrent ainsi ouvertement en complétion avec les partis politiques traditionnels connus et reconnus par les populations, animés par des hommes et femmes responsables qui, quelles que soient les vicissitudes vécues, ont toujours respecté les règles du jeu démocratique à travers des balises institutionnelles qui, tout le temps, ont permis au Sénégal d’être un modèle de démocratie en Afrique.
Les enjeux de la Présidentielle de Février 2012 que l’immersion des acteurs de la « Société Civile » dans le champ politique où il a toujours joué le rôle d’arbitre, de régulateur entre les différents protagonistes, a élevé au rang de paradigme politique politicien surdimensionné, sont incontestablement, la cause centrale des dérapages et autres facteurs perturbateurs. Lesquels, depuis quelque temps, écornent l’image du Sénégal sur la scène internationale tout en alimentant, par l’occupation exagérée de la rue, la psychose d’un chaos potentiel au cas où le Président WADE, candidat à sa réélection, ne renoncerait pas sa candidature.
Dans quel pays du monde a-t-on pu voir des organisations, qui ont fait de la défense des droits de l’homme et de la démocratie leur crédo, s’opposer de manière absolue, en faisant une totale abstraction des Institutions et de l’Etat de droit, à la liberté d’un citoyen ,de déclarer sa candidature et de la présenter auprès des instances prévues pour cela, qui sont les seules à disposer du pouvoir légal de l’accepter ou de la rejeter ?
Plus qu’une exigence, il est d’une nécessité absolue que de devoir, au nom de la cause et des intérêts supérieurs du grand peuple sénégalais, pour ces organisations de la Société civile coalisées et novices dans le jeu politique partisan, de savoir raison garder et de placer le Sénégal et la grande majorité des sénégalais dont ils ne sont pas les porte-paroles, au cœur de tout projet citoyen finalisé vers la paix.
Les partis politiques traditionnels, qu’ils soient de la majorité présidentielle ou de l’Opposition républicaine, ont l’obligation morale de ne pas se laisser entraîner à la surenchère, dans les dédales et les diaclases de l’aventure par des acteurs non politiques et sans expérience dans les batailles politiques pour la conquête du pouvoir politique. Ils doivent se rappeler que, bien que minoritaires, ils ont toujours eu la mission historique, au sein de leurs partis, de mener les batailles politiques au profit de la grande majorité, sans jamais vendre leur âme à des Organisations autres, fussent elles de la « société civile » dont, justement, les populations attendent toujours les résultats par rapport aux missions « civiles » dont ils se sont saisies.
Il est tout de même paradoxal que des Organisations appartenant à la « Société Civile », qui ont toujours été perçues comme des régulateurs et des pacificateurs du jeux politique, veuillent soudain et unilatéralement changer les règles du jeu démocratique, cherchant à se substituer aux partis politiques traditionnels en brandissant ouvertement des projets politiques et des menaces attentatoires à la paix, à la sécurité et à la stabilité du pays.
En effet, en plaçant au centre des grandes problématiques multidimensionnelles de l’heure, la seule question du retrait de Maître WADE de la Présidentielle 2012, au travers d’un usage intempestif des logiques de confrontations violentes et injustifiées, ces Acteurs de la « Société Civile » prennent consciemment ou non le parti de fouler aux pieds, les Institutions de la République et l’Etat de droit.
Ils s’activent ainsi sur une scène politique qui n’est pas la leur, polluent les dynamiques intérieures, paralysent le pays et hypothèquent les perspectives radieuses de développement économique et social de la Nation.
Pire encore, ils mettent à jour des formes insidieuses d’une violence rampante, pour davantage aggraver la situation du pays, pour justifier et annoncer de sombres et inacceptables desseins, au moment où les sénégalais dans leur écrasante majorité, souhaitent poursuivre leur marche triomphale dans la paix, vers la prospérité et la sécurité, socle de leurs aspirations profondes et légitimes.
Aujourd’hui, aucun des segments de la société sénégalaise, jeunes ou adultes, qu’ils soient simples citoyens, membre d’un parti politique de la majorité présidentielle ou de l’opposition républicaine ou acteur des Organisations de la « Société Civile », ne peut s’affranchir des règles institutionnelles et des exigences de l’Etat de droit.
Ils ont le devoir patriotique et la responsabilité morale, de créer les conditions d’une stabilité interne, fondée sur une lecture lucide des dispositions du Code électoral et de la Constitution qui confèrent au juge constitutionnel le pouvoir d’être le seul habilité à dire le droit et à départager les différents protagonistes du jeu politique.
Dans ces conditions, l’impératif de respecter les règles du jeu, conformément aux valeurs et principes de l’Etat de droit, s’applique à tous les acteurs et recommande des comportements adéquats, de nature à garantir la paix civile et la cohésion nationale. Qui plus est, les organisations de la « société civile » se doivent d’être à la hauteur de leur slogan : « touche pas à ma Constitution».
En proclamant, à juste titre, que la Constitution doit être respectée, elles suggèrent, explicitement, qu’elles mêmes la respectent et s’appliquent à la faire respecter.
Les Organisations de la Société Civile doivent se rappeler qu'elles ont toujours eu la confiance du Peuple sénégalais tant qu'elles ont eu, par le passé, à adopter des positions non partisanes. Elles ont toutes été plébiscitées parce qu'elles ont eu à apporter une contribution inestimable et éminemment salutaire pour la modération et la régulation des conflits politiques dans la Société sénégalaise.
C'est aujourd'hui ou jamais que le Sénégal a besoin d'une Société Civile non partisane. Maintenant que certaines des Organisations qui s'en réclament ne jouent plus malheureusement ce rôle pour des raisons que nous ignorons, elles sont tenues de se conformer à la loi suprême et de donner sens aux Institutions de la République dont les prérogatives doivent être scrupuleusement acceptées.
Ce n’est qu’ainsi, qu’elles pourront faire valoir leur crédibilité, valider leur posture de partis responsables et participer à la préservation du plus précieux des bijoux de famille de Tous : le Sénégal.
Nul ne peut condamner ni critiquer les partis politiques de l’opposition ainsi que les « organisations de la société civile" de n'avoir eu ni la courtoisie ni le fair-play de rendre à Maître WADE l’hommage qu’il mérite au regard de sa contribution inestimable à l’approfondissement et à l’élargissement sans limite de l’expression des libertés démocratiques au Sénégal et en Afrique; a contrario , les membres des "Organisations de la Société Civile doivent s’abstenir d’instrumentaliser maladroitement la Constitution pour l’exclure de la compétition en prononçant des verdicts, alors qu'ils ne sont pas investis du Pouvoir du Juge constitutionnel chargé de dire le Droit. Ils ne doivent pas non plus chercher à se substituer aux dispositions du Code électoral et à la volonté du Peuple qui, en dernière analyse, dans le secret de son vote, dispose de l'arme suprême de mettre toutes les pendules à l'heure en exprimant sa vérité qui sera alors la seule vérité qui s'imposera à tous les acteurs politiques qui auront l'obligation d'en tirer toutes les conséquences.
En vérité, en l’absence d'accord sur le plan juridique, si les partis qu'ils soient de l’opposition coalisée avec une partie des organisations de la Société Civile ou les partis alliés à la Mouvance présidentielle sont à ce point assurés des lendemains de leur victoire électorale, la seule posture qu’ils doivent tenir, c’est d’accepter le consensus sur le plan politique; ce qui permettra à tous ceux qui le souhaitent de faire valoir droit à leur candidature au suffrage universel en s’en tenant strictement aux dispositions du code électoral et en laissant les Sénégalais trancher le débat en toute conscience par la voie des urnes, dans le strict respect des institutions.
Monsieur DIALLO Babacar
Stratégiste-Polémologue-Politologue
Directeur Général de l’Antenne du CEDS de Paris à Dakar
Directeur de l’Ecole Panafricaine d’Intelligence Economique et de Strat
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